Auto-odi : concept socio-linguistique faisant référence à la haine de sa propre culture et de sa propre langue (Ninyoles, 1969). En Catalogne Nord, l’auto-odi a été orchestré par l'état français grâce à des stratégies de vexation de nos grands-parents, principalement via l'Education Nationale et aux critères de sélection indispensables pour entrer dans l’administration française, souvent seul débouché dans un département volontairement sinistré.

Malgré tout, l'auto-odi y est en net recul. J’avancerai même que 1998 a été un point d’inflexion avec l’épopée de l’USAP et le fameux « fiers d’être catalans », sentiment essentiel pour récupérer cette langue et donc une identité complète qu’on nous a volé.

 

En Catalogne Nord, il ne s’agit plus de sauver ou maintenir la langue catalane, mais bien de la faire renaître de ses cendres. Pour cela, il faut donner l’envie et les moyens de l’apprendre aux habitants de Catalogne Nord qui, dans leur immense majorité, n’ont pas de grands-parents catalans. Un sondage paru il y a quelques années révélait qu’un perpignanais sur deux n’est pas né en Catalogne.

 

On ne donnera pas envie de faire l’effort d’apprendre le catalan en reprochant aux gens de ne pas le parler. La majorité des habitants est monolingue car elle est le fruit du système français. Il faut utiliser un discours positif et orienter ceux qui le souhaitent vers des cours de catalan et des activités où la langue est mise en valeur.

Un sondage révèle qu’environ 70% des parents souhaitent que leurs enfants apprennent le catalan. Le principal problème ce n’est pas le manque d’envie mais le manque de moyens. Il me semble que le mouvement catalaniste ne joue plus son rôle. Il manque de visibilité et ne met pas suffisamment la pression sur les institutions françaises, municipalités, communautés urbaines, département, région et état.

L’Office de la langue catalane qui nous a été promis est un mirage. Pourtant, c’est un organisme de ce genre qui devrait porter la normalisation du catalan dans notre quotidien. En 2015, un conseiller régional occitaniste avait fait une grève de la faim pour débloquer l’office de la langue occitane. Ici, on continue à se partager les parts du gâteau…

 

Il y a une trentaine d'années, quand Joan Pau Giné chantait "Digue-m'ho" ou "Parla-me diguis-me coses", la variante roussillonnaise du catalan voyait ses derniers locuteurs naturels disparaître. A cette époque, l’auto-odi était à son point culminant et c’est là qu’est apparu le mouvement catalaniste dont le fonctionnement transversal  et les revendications correspondaient tout à fait à la situation. Pourtant, progressivement certaines personnes se sont imposées, adoubées par les institutions françaises qui les subventionnent en tant que seuls garants d’une catalanité stérile. Le choix de l'autogestion et de l'autofinancement est un moyen de rester libre. Ces institutions tenues par des partis jacobins n’ont évidemment aucune volonté politique de donner une place légitime au catalan facteur de lien social et maintiennent ce mouvement catalaniste officiel en marge.

Il ne s’agirait donc en aucun cas de favoriser un groupe mais toute la société nord-catalane avec une catalanité ouverte, moderne et créative, pas avec un folklore de carte postale bon marché. Le catalan et l’identité que cette langue porte est facteur de cohésion sociale d’une société en manque de repères. Pourtant la France et ses fondements archaïques continuent de refuser la plurinationalité (être catalan et français, à part égale) et la diversité linguistique alors que là est sa principale richesse : la France c’est 1000 fromages mais une seule langue !

On en revient à l’éternel affrontement entre le centre et la périphérie de l’état le plus centralisé d’Europe. Dans cet affrontement, les nord-catalans n’ont pas été en mesure de développer un contrepouvoir politique et leurs élus sont donc soumis au diktat des partis parisiens, excepté les maires de villages, souvent éloignés de l’Agglo de Perpignan.

 

Aujourd'hui, on ne parle plus catalan dans l'espace public et seules quelques familles le parlent dans le cercle privé. C’est un fait qui s’explique, comme je l’ai écrit plus haut, par une stratégie, ou ethnocide, générée par l’état impérialiste français dont les Occitans, Basques, Bretons, Alsaciens et Corses ont aussi été les victimes.

On peut faire peser sur nos parents, grands-parents et sur nous-même la faute d’avoir perdu la langue. C’est en partie vrai. Pourtant, il faut faire attention car, si notre souhait est de voir un nouvel essor de la langue catalane, il me semble essentiel d’avoir un discours plus positif, tolérant et ouvert, plutôt que de culpabiliser et accuser une population autochtone minoritaire qui est déjà en souffrance.

 

Les catalanistes qui ont eu la chance d’apprendre le catalan dès le plus jeune âge car ils sont nés dans des familles militantes, devraient être conscients que ce n’est pas le cas de tout le monde et que leur réalité n’est donc pas comparable à celle des autres Catalans de Catalogne Nord.

J’appelle donc, encore et toujours, les catalanistes à une remise en question et à une réelle considération à l’égard de ceux qui n’ont pas eu, pour l’instant, la possibilité d’apprendre la langue et l’histoire de la Catalogne.

L’objectif ne peut pas être de conserver un monopole et de se situer au-dessus du reste de la population en s’autoproclamant plus Catalan que les autres. L’objectif doit être d’amener un maximum de Catalans, fils ou petits-fils de l’auto-odi, mais aussi nouveaux catalans ou « afegits » (ajoutés) représentant la majorité de la population, à porter cette langue et cette identité.

Un Catalan du Sud comprendra difficilement notre réalité sociolinguistique car nous ne sommes pas soumis aux mêmes diktats et notre histoire, commune jusqu’en 1659, a pris des chemins différents qui convergeront peut-être un jour. En Catalogne Nord, notre situation précaire nous impose de peaufiner notre analyse pour trouver les meilleures stratégies. Il faut repenser sans cesse les stratégies à mettre en place pour construire une société  avec un projet commun où nous aurons tous notre place.

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