Les représentants de l’association catalane des Droits Civils étaient invités pour la première fois en France.

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Sept personnalités étaient très attendues hier midi à Saint-Estève, dans une résidence privée aux portes grandes ouvertes. Des femmes pour la plupart, épouses de ministres catalans aux noms désormais familiers : Lluis Puig, Jordi Turrull, Joaquim Forn, Raül Romeva, Jordi Cuixart... Plusieurs d’entre eux sont emprisonnés à Madrid depuis que l’État espagnol a « dégainé » en octobre dernier l’article 155 de la Constitution, plaçant de facto la Région sous tutelle à l’issue d’un référendum d’indépendance déclaré illégal. Les autres se sont exilés.
Dimanche, Maria, Diana, Laura, Txell et Blanca ont été accueillies par une soixantaine de militants du nord, acquis à la cause de la défense des droits civils. Ces droits que les membres des familles et proches des élus entravés dans leur action démocratique par le gouvernement espagnol défendent depuis des mois au sein de l’Associació Catalana de Drets Civils.

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Dans les Pyrénées-Orientales, ils étaient les invités de Ramon Faura, à la tête des Angels de la Terra, association culturelle qui a lancé les Concerts per la Llibertat. Le premier, donné le 1er avril à Alénya, a permis de récolter 4 000 euros (entre les dons, la buvette et la vente de tee-shirts) qui ont été remis hier aux hôtes de Catalogne sud. Le prochain concert aura lieu le 19 mai à Villefranche-de-Conflent. Deux autres sont d’ores et déjà programmés. Quelques élus locaux étaient chez Ramon Faura hier pour soutenir ses invités, le vice-président du conseil départemental Nicolas Garcia ainsi que des maires et représentants des communes de Pézilla-la-Rivière, Alénya, Le Soler etc. Le mot d’ordre : « Ici, on ne revendique pas l’indépendance, on soutient la liberté ! »    

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Oriol Ponsatí : «Notre mère de 93 ans est allée voir sa fille exilée en Écosse»
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Oriol est le frère de Clara Ponsatí, ex-ministre de l’Enseignement en Catalogne. Elle figure parmi les six indépendantistes catalans exilés sous le coup d’un mandat d’arrêt européen ou international émis par la justice espagnole. Accusée dans son pays de « rébellion violente et de détournement de fonds publics en lien avec l’organisation du référendum », elle encourt jusqu’à 35 ans de prison. Elle est réfugiée en Écosse, où elle a été placée en liberté conditionnelle après avoir remis son passeport aux autorités. 

M. Ponsatí, comment va votre sœur ?
Ma mère, ma femme et moi sommes allés la voir il y a deux semaines en Écosse. Pour ma mère c’était important de la voir, parce qu’elle est déjà âgée, elle a 93 ans. Elle avait besoin de voir que sa fille a un entourage professionnel et des amis.  Elle a la chance d’avoir pu reprendre son ancien poste de directrice de l’école d’économie de l’université de Sant-Andrews. Ça l’aide beaucoup, ça lui donne de la force pour affronter cette situation personnelle de réfugiée, dépendante de tout le processus d’extradition.    
Quelle importance cela revêt-il pour votre association de venir prendre la parole ici, en Catalogne nord ?
Nous avons avec la Catalogne nord, un lien spécial, une sorte de « complicité ». Mais ce qui est important, c’est qu’on se trouve déjà dans l’État français. Or, nous avons besoin d’un médiateur, de quelqu’un qui participe à la solution. C’est un rôle politique, qui ne nous appartient pas à nous, association de familles.
Quelle est votre principale crainte par rapport à la situation politique actuelle ?
Personnellement, je redoute qu’on ne puisse pas ouvrir une négociation. Un jour ou l’autre, on devra trouver une façon de négocier.
Pensez-vous que le vote de ce lundi pourrait déboucher sur une sortie de crise ?
Une fois de plus, à titre personnel, je crois que oui. Avoir à nouveau un gouvernement catalan, même sous le contrôle des autorités et du Partido Popular, pourra aider à retrouver une certaine normalisation de l’organisation administrative de la Catalogne. À condition de ne pas revenir sur le mandat du 1er octobre.
Vous espérez un retour prochain de votre sœur en Catalogne ?
Je crois qu’à court terme, on ne peut pas l’espérer. Je ne vois aucun chemin qui arrêterait la machine judiciaire.Pour ma sœur et pour les autres. Ce sont des cas qui à un moment ou un autre arriveront devant la justice européenne. Et ça changera tout. Mais c’est une question d’années, alors on ne peut rien espérer pour les prochains mois. Peut-être pourrait-il y avoir certaines mesures légales pour un rapprochement des prisonniers politiques, car les maintenir loin de chez eux, c’est aussi très politique. Il faut rappeler que tous sont des prisonniers « préventifs », aucun n’a été jugé bien sûr.

Sophie Babey pour L'Indépendant.